Gay Pride à Moscou
Pour la 2ème tentative de Gay Pride à Moscou, les militants homosexuels russes et étrangers n'avaient déjà plus pour ambition que de traverser la rue Tverskaïa, soit un parcours d'une vingtaine de mètres, pour aller remettre une lettre à la mairie de Moscou.
Mais c'était encore trop pour les autorités russes, qui avaient interdit la manifestation, et pour de petits groupes de casseurs qui rôdaient autour de la mairie « pour dérouiller les pédérastes. ».
Comme l'an dernier, l'organisateur de cette parade, le jeune militant gay Nikolaï Alexeïev, a été arrêté par la police au tout début de la manifestation, ce qui lui a permis d'éviter les coups. Pendant une heure, la police russe a ensuite laissé les casseurs attaquer un à un les militants dès qu'ils osaient dérouler une pancarte ou un drapeau arc-en-ciel.
Un député transsexuel italien a pris un oeuf en pleine face. Le militant britannique Peter Tatchell a reçu un coup de poing dans l'oeil. Le député Vert allemand Volker Beck, qui avait terminé la première Gay Pride russe le visage en sang, a cette fois été très vite arrêté par la police, qui s'est chargée de le molester.
Remue-ménage. Les deux chanteuses du groupe russe Tatu, qui ont bâti leur célébrité en se prétendant lesbiennes, ont aussi fait cette année une courte apparition au centre de la mêlée. Un énorme van noir a déposé les deux jeunes filles, avec leurs gardes du corps, devant la mairie. Aussitôt prises par la cohue de journalistes et de casseurs, les deux mignonnes se sont dégagées pour regagner leur van.
Pour parfaire l'absurde de ce théâtre de rue, un célèbre député du parti d'extrême droite russe LDPR, Alexeï Mitrofanov, avait rejoint cette année les organisateurs pour défendre « la civilisation européenne ». Le ralliement de ce clown politique, qui sert fidèlement les intérêts du Kremlin, fait d'ailleurs soupçonner que le régime de Poutine, tout en interdisant ces manifestations, est bien résolu à tirer parti de cette agitation.
Lors de la dernière « marche des mécontents » organisée par l'opposition radicale à Poutine en avril à Moscou, le régime a déjà montré comment il compte récupérer la cause gay. Un groupe de folles outrageusement maquillées avait été amené et filmé parmi les manifestants, pour pouvoir ensuite insinuer que les opposants à Poutine sont des « invertis et des pervers, inspirés par la débauche occidentale. »
Article de Lorraine MILLOT dans Libération
Orianne D.





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